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Lutte contre les changements climatiques : où en est-on ?

Morgan Tinguely
Posté le 24/02/2021
Article du CCIGInfo

La collecte des données en lien avec le changement climatique fait l’objet de nombreuses discussions. Toutefois, grâce aux données récoltées ces dernières années, il est aujourd’hui possible d’avoir un recul par rapport aux actions déjà entreprises. Si la température a augmenté d’environ 2 degrés depuis 1864, la Suisse a diminué ses émissions de gaz à effet de serre annuel de 8 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2018 par rapport à 2010. A Genève, la comparaison est plus compliquée. Rétrospective chiffrée et explications à la lumière d’un rapport publié par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).

Depuis 1864, la température en Suisse a augmenté de 2 degrés. Moins 60% de gel depuis 1961 et 50% de jours de neige en moins depuis 1970, tels sont deux des constats relevés par le rapport « Changements climatiques en Suisse » de l’OFEV publié en novembre 2020. Toujours selon ce rapport, en matière d’évolution moyenne des températures en Suisse, un tournant se produit dès les années 1980 : si, avant cette période, le pays enregistrait des écarts de températures inférieurs à la moyenne, depuis les années 1980, il ne connait que des écarts supérieurs à la moyenne. Pour illustrer ce changement, le rapport indique que le nombre de journées et de nuits tropicales a augmenté, passant d’environ une dizaine dans les années 1960 à une vingtaine à ce jour. Dans la même tendance, les jours de climatisation sont passés d’une quarantaine en 1960 à près de 70 de nos jours. A l’inverse, le nombre de jours de chauffage a baissé d’un peu moins de 230 en 1960 à environ 190 de nos jours.

Objectifs 2050

Pour refléter l’évolution de la température en Suisse, il a été nécessaire d’établir des scénarios qui dépendent des actions prises au niveau mondial et impactant le réchauffement. Ainsi, le rapport de l’OFEV présente des scénarios avec deux variantes, l’une avec aucune action prise pour maitriser les émissions de gaz à effet de serre, l’autre avec une forte diminution de ces émissions.  Au niveau mondial, si la hausse des émissions de gaz à effet de serre n’est pas maitrisée, la température moyenne de la Suisse augmenterait de 2 à 3 degrés d’ici 2050. A l’inverse, une réduction rapide et massive mondiale permettrait de rester dans l’objectif de limiter le réchauffement à 2 degrés de plus qu’avant l’ère préindustrielle. C’est en 2050 que la différence se ferait vraiment sentir.

Réduction des émissions en Suisse

Sur le plan international, la Suisse s’est engagée dans divers accords dont le dernier est l’Accord de Paris. Ce dernier vise à maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 voire 1.5 degrés de plus qu’à l’ère préindustrielle. Cet accord se traduit par une implémentation locale d’une politique globale avec l’obligation de rendre des comptes tous les deux ans et un bilan global tous les 5 ans. Le premier bilan officiel n’est, à l’heure d’écrire ces lignes, pas encore connu. Deux indicateurs contradictoires existent. Le premier, positif, est que cinquante des plus grandes villes du monde sont sur la bonne voie pour aider à maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1.5 degrés par rapport à l’ère préindustrielle selon un article du The Guardian du 11 décembre 2020. Le second, négatif, indique que l’année 2019 a enregistré un record d’émissions d’équivalent CO2.

Sur le plan national, la Suisse vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre à zéro émission nette d’ici à 2050. C’est le cap fixé par le Conseil fédéral le 28 août 2019 par une décision (et non par une modification de la constitution comme le vise l’initiative sur les glaciers).

Le pays est passé d’environ 59 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2010 à 46.5 millions de tonnes de CO2 en 2018 selon l’inventaire fédéral des émissions de gaz à effet de serre, soit une baisse de plus de 8 millions de tonnes. En 2018, les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre sont les transports (environ 32%), l’industrie (environ 24%) et les ménages (environ 16%).

Une différence de calcul cantonale

L'inventaire fédéral des gaz à effet de serre recense aussi bien les émissions de CO2 dues à l'utilisation des énergies fossiles que les émissions de tous les autres gaz à effet de serre.  Conformément à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, les émissions du trafic aérien international sont mentionnées dans l'inventaire des gaz à effet de serre, mais ne sont pas comprises dans le total des émissions nationales. Enfin, les émissions dues à la production de biens importés (électricité importée comprise) ne sont pas prises en compte dans l’inventaire fédéral.

De son côté, le canton de Genève a décidé de faire cavalier seul en prenant en compte l’ensemble des émissions induites par la population et les acteurs économiques genevois (y compris celles qui sont générées hors du territoire cantonal). En faisant ainsi, il rend difficile la comparaison au niveau fédéral et avec d’autres cantons.

Des indicateurs clairs sont nécessaires

L’économie, les collectivités publiques et les autres acteurs contribuent avec succès à la politique climatique suisse, les résultats sont tangibles. Pour en mesurer son efficacité, il serait nécessaire d’uniformiser les indicateurs et, pour le canton de Genève, de se conformer à la pratique majoritaire en termes d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre. La lutte contre le réchauffement climatique est en effet un enjeu global qui dépasse les frontières cantonales.

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