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Nouveaux sommets pour les relations Suisse - Inde

CCIG
Posté le 12/05/2025
Opinions

Après seize ans de négociation, un accord de libre-échange entre l’Inde et les pays de l’AELE – dont la Suisse fait partie – a reçu l’approbation du Conseil national en mars dernier, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives pour les entreprises suisses. Dans cet entretien exclusif, Philippe Reich, président de la Chambre de commerce Suisse-Inde, décrypte les enjeux de cet accord, mettant en lumière les nouvelles opportunités pour les entreprises genevoises prêtes à s’engager sur le marché indien.


Question 1 : Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit concernant l’accord de libre-échange entre la Suisse et l’Inde ?
Réponse : L’accord de libre-échange, officiellement nommé Accord de Partenariat Commercial et Économique entre l’AELE (Association Européenne de Libre-Échange, incluant la Norvège, l’Islande, le Liechtenstein et la Suisse) et l’Inde, est un engagement majeur visant à renforcer les relations économiques entre ces pays, avec la Suisse en tête des négociations. Cet accord concerne principalement la Suisse à hauteur de 80% de son implication et a pour objectif fondamental de faciliter et promouvoir les échanges commerciaux et les investissements entre les pays de l’AELE et l’Inde. Plus précisément, il s’agit d’ouvrir le marché indien aux entreprises suisses en leur offrant un accès privilégié, notamment par la réduction des droits de douane sur les exportations vers l’Inde. Par exemple, les entreprises suisses pourront exporter leurs biens avec des coûts d’importation réduits, ce qui constitue un avantage compétitif. Cette ouverture de marché repose sur le principe fondamental d’un accord de libre-échange, qui est de permettre un accès mutuel aux marchés des parties signataires, favorisant ainsi une collaboration économique plus étroite et dynamique.


Question 2 : Quelles sont les perspectives et les opportunités pour les entreprises suisses dans le cadre de cet accord ?
Réponse : Cet accord, signé en mars 2024 et attendu pour entrer en vigueur dès l’automne 2025, représente une opportunité majeure pour les entreprises suisses, surtout dans un contexte géopolitique et commercial mondial complexe. L’Inde, désormais le pays le plus peuplé au monde devant la Chine, est un marché en forte croissance et ambitieux, qui était jusqu’à présent difficilement accessible en raison de droits de douane élevés. Grâce à cet accord, les entreprises suisses, dont 80 à 90% dépendent des exportations, pourront pénétrer ce marché immense avec des conditions plus favorables. Par exemple, les PME suisses, en particulier celles des secteurs industriels et technologiques de pointe, bénéficieront de réductions ou d’exemptions de droits de douane sur une période variant de 1 à 10 ans, selon les secteurs et produits. Cet accord est considéré comme le plus important depuis des années pour la Suisse, en raison de la taille de l’Inde et de ses perspectives de croissance. Il offre non seulement des opportunités d’exportation, mais aussi d’investissement, permettant aux entreprises suisses de s’implanter dans un marché en pleine expansion, surtout à un moment où des tensions commerciales, notamment avec les États-Unis, rendent cruciaux l’accès à de nouveaux marchés.


Question 3 : Quel type d’entreprise suisse pourrait bénéficier de cet accord et quel serait un bon profil pour en profiter ?
Réponse : Cet accord est une excellente nouvelle pour un large éventail d’entreprises suisses, mais il bénéficie particulièrement aux PME suisses opérant dans les secteurs industriels et technologiques de pointe, même si elles sont de petite taille. Ces entreprises, souvent des acteurs mondiaux dans leurs domaines, produisent des technologies très demandées en Inde, un pays en quête d’innovation pour soutenir sa croissance. Par exemple, des entreprises fabriquant des équipements ou des solutions techniques avancées pourront tirer parti de la réduction des droits de douane, qui rendra leurs produits plus compétitifs sur le marché indien, avec des effets immédiats ou progressifs sur une période de 1 à 10 ans selon les secteurs et produits. Ces PME ont été parmi les premières à pousser pour cet accord et sont ravies de son aboutissement, car il répond à un besoin critique d’accès à de nouveaux marchés, surtout face aux défis imposés par des politiques commerciales restrictives ailleurs, comme aux États-Unis. Ainsi, un profil idéal serait une PME suisse innovante, orientée vers l’exportation, prête à s’engager sur le long terme sur un marché complexe mais prometteur comme l’Inde.


Question 4 : Pourquoi cet accord aboutit-il maintenant, et quel est l’intérêt pour l’Inde de le faire avancer à ce moment précis ?
Réponse : L’aboutissement de cet accord en mars 2024 s’explique par un changement de contexte et d’intérêts stratégiques pour l’Inde, qui historiquement n’a pas priorisé les accords de libre-échange, contrairement à la Suisse. Deux facteurs principaux ont joué un rôle clé dans cette décision. Tout d’abord, la montée de la Chine comme concurrent géostratégique a poussé l’Inde à se protéger contre un afflux de produits chinois à bas coût, notamment après s’être retirée d’un accord régional incluant la Chine. Ensuite, la pandémie de COVID-19 a révélé la dépendance de l’Inde envers la Chine et l’importance de s’intégrer dans des chaînes d’approvisionnement mondiales plus diversifiées et stables. Dans ce contexte, l’Inde a reconnu la nécessité d’ouvrir ses marchés et d’attirer des investissements étrangers pour soutenir sa vision de croissance ambitieuse, visant à surpasser la Chine économiquement. Par exemple, des pays comme la Suisse, avec ses technologies avancées, et d’autres partenaires européens (Union Européenne, Royaume-Uni) sont devenus des priorités pour l’Inde. Cet accord avec l’AELE, relancé en printemps 2023 après des négociations depuis 2008, a été finalisé en moins d’un an, motivé par le besoin de l’Inde de démontrer un succès avant ses élections et de s’aligner avec des partenaires stratégiques face à un monde commercial en mutation, où même des pays traditionnellement protectionnistes comme l’Inde s’ouvrent davantage.


Question 5 : Quels sont les défis à venir avec l’éventuelle entrée en vigueur de cet accord après sa ratification, tant en Suisse qu’en Inde ?
Réponse : Bien que l’accord ait été signé et progresse positivement vers une entrée en vigueur prévue pour l’automne 2025, plusieurs défis subsistent, tant en Suisse qu’en Inde, bien qu’ils soient surmontables avec un engagement mutuel. En Suisse, l’accord ne présente pas de problèmes objectifs majeurs, même sur des thèmes sensibles, car l’Inde a accepté d’inclure des éléments satisfaisants pour la partie Suisse. Cependant, dans un contexte géopolitique tendu avec des puissances comme les États-Unis et la Chine, il est crucial de maintenir un consensus autour de l’importance de s’ouvrir à des marchés comme l’Inde, ce que les entreprises suisses reconnaissent de plus en plus comme une nécessité stratégique. En Inde, les défis sont plus complexes en raison de la taille et de la structure fédérale du pays, comparable à un continent. Par exemple, la bureaucratie, les réglementations divergentes entre les États indiens, et un certain protectionnisme local peuvent compliquer l’implantation ou l’exportation pour les entreprises suisses, même si le gouvernement central soutient l’accord. Ces obstacles nécessitent de la patience et une préparation rigoureuse, mais des réseaux de soutien, tels que les chambres de commerce et les autorités suisses en Inde, sont là pour accompagner les entreprises. De plus, l’accord agit comme un signal fort de partenariat entre la Suisse et l’Inde, facilitant le dialogue pour résoudre les problèmes administratifs ou réglementaires. Ainsi, malgré ces défis, l’engagement mutuel et la vision à long terme des entreprises suisses, soutenus par des interactions positives avec le gouvernement indien, devraient permettre de transformer ces obstacles en opportunités de succès.


Conclusion
Cet accord de libre-échange entre la Suisse et l’Inde, au sein du cadre de l’AELE, marque une étape historique dans les relations économiques bilatérales, en ouvrant un marché colossal et en croissance rapide aux entreprises suisses, notamment les PME technologiques. Il s’inscrit dans un contexte géopolitique et économique mondial en mutation, où l’Inde cherche à se positionner comme une superpuissance économique tout en diversifiant ses partenariats face à la Chine. Pour la Suisse, cet accord est une opportunité stratégique pour diversifier ses marchés d’exportation face aux tensions commerciales globales. Cependant, le succès dépendra de la capacité des entreprises suisses à s’adapter à la complexité du marché indien et de la volonté des deux parties à surmonter les défis bureaucratiques et réglementaires. En somme, cet accord est non seulement un outil d’ouverture économique, mais aussi un symbole d’un partenariat renforcé entre deux nations aux ambitions complémentaires, avec un potentiel significatif pour les années à venir, à condition de maintenir un dialogue constructif et un engagement à long terme.


 

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