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Le Kosovo, nouvelle opportunité commerciale pour les PME suisses ?

CCIG
Posté le 10/06/2025
Opinions

À la suite de la signature de l’Accord de Libre-Échange (ALE) entre l’AELE et le Kosovo, nous faisons le point avec Liburn Mehmetaj, avocat et membre de la Chambre de Commerce Suisse-Kosovo (CCSK). Pourquoi cet accord est-il important ? Quels secteurs sont concernés ? Le Kosovo est-il réellement un marché intéressant pour les PME suisses ?

Q : En quelques mots, qu’est-ce que l’Accord de Libre-Échange signé entre l’AELE et le Kosovo ?

Cet accord, signé le 22 janvier 2025 à Davos, vise à faciliter les échanges commerciaux entre les pays de l’AELE (dont la Suisse) et le Kosovo. Il prévoit la suppression progressive des droits de douane, la réduction des obstacles techniques, la libéralisation des services, la protection de la propriété intellectuelle et l’harmonisation des normes. Il s’agit d’un accord complet, calqué sur les standards européens. L’entrée en vigueur est attendue courant 2025 ou début 2026, une fois les procédures de ratification terminées.

 

Q : Pourquoi cet accord est-il stratégique pour la Suisse ?

Parce qu’il complète un maillage régional. La Suisse avait déjà des ALE avec les pays voisins. Il manquait le Kosovo, avec qui nous avons pourtant des liens humains et économiques très forts. Plus de 250’000 personnes d’origine kosovare vivent en Suisse. Ce lien unique facilite naturellement les affaires. Et la Suisse joue déjà un fort rôle dans les échanges commerciaux avec le Kosovo.

 

Q : Où en sont les échanges commerciaux entre la Suisse et le Kosovo aujourd’hui ?

Les exportations suisses vers le Kosovo sont en augmentation. Elles concernent surtout des produits pharmaceutiques, des machines et des véhicules. Du côté kosovar, les exportations vers la Suisse sont encore limitées mais pourraient croître, notamment dans l’agroalimentaire ou les produits manufacturés. Quand aux services, il existe déjà d’importantes collaborations, notamment par le nearshoring de services de téléphonie au Kosovo par des entreprises suisses, profitant d’une population jeune et multilingue (y compris le français et l’allemand).

 

Q : Qu’est-ce que l’ALE change concrètement pour les entreprises suisses ?

Il leur ouvre un marché à proximité, avec moins de barrières douanières, moins de bureaucratie, et plus de sécurité juridique. Exporter vers le Kosovo deviendra plus simple, moins coûteux et plus sûr. Pour les entreprises de services, le marché kosovar sera plus accessible, notamment dans les domaines financier, informatiques ou d’ingénierie. La propriété intellectuelle suisse y sera protégée, les règles d’origine seront modernisées, et les normes techniques alignées sur l’UE.

 

Q : Quels secteurs suisses pourraient en bénéficier dès maintenant ?

Plusieurs :

  • Agroalimentaire : Le secteur alimentaire est cité parmi les bénéficiaires potentiels. L’accord va réduire les droits de douane sur les produits agricoles et agroalimentaires (souvent encore protégés). Par exemple, les spécialités suisses, fromages, chocolats, produits haut de gamme, pourront être exportées au Kosovo à des prix plus compétitifs qu’auparavant. De même, certains produits agricoles du terroir kosovars auront plus de facilités à entrer sur le marché suisse sans taxes. Ceci ouvre la voie à des échanges accrus dans les deux sens pour l’industrie agroalimentaire. L’expérience des autres pays de la région montre que les produits agricoles peuvent trouver leur place en Suisse.
  • Pharma et medtech : la pharma suisse figure déjà parmi les premiers secteurs exportateurs vers le Kosovo. Avec l’ALE, ces produits pharmaceutiques profiteront de droits de douane nuls ou réduits, ce qui accroît leur compétitivité. Surtout, le renforcement de la protection des brevets et de la propriété intellectuelle dans l’accord sécurise l’arrivée de médicaments innovants et de technologies médicales suisses sur le marché kosovar. Les entreprises pharmaceutiques ou des fabricants de dispositifs médicaux pourront aborder ce marché émergent avec davantage de garanties (moindre risque de contrefaçon, cadre réglementaire plus transparent). Côté kosovar, l’accès à des produits pharmaceutiques suisses de haute qualité sera facilité, stimulant possiblement la demande dans le secteur de la santé.
  • Machines et équipements industriels : très demandés pour la modernisation de l’économie kosovare. Les machines et les technologies industrielles suisses devraient tirer parti de l’accord. Actuellement, les importations totales du Kosovo portant sur des machines et appareils mécaniques ou électroniques sont en croissance, signe d’un besoin important en équipements pour développer son économie. L’ALE supprimera les tarifs douaniers sur les machines suisses, souvent réputées pour leur qualité (machines-outils, équipements électriques, appareillages techniques). Cela rendra ces produits plus abordables pour les clients kosovars (entreprises ou pouvoirs publics) et devrait encourager des ventes additionnelles. De plus, les chapitres de l’accord sur les normes techniques garantissent que les machines suisses conformes aux normes européennes pourront être acceptées sans obstacle technique injustifié. Des secteurs comme l’équipement électrique, les infrastructures, ou les transports (p.ex. matériel ferroviaire, systèmes de signalisation) pourraient donc voir de nouvelles opportunités, notamment si des projets d’investissement publics au Kosovo sont lancés (routes, énergie, etc.) avec des appels d’offres ouverts aux fournisseurs étrangers.
  • Technologies vertes : Un domaine d’avenir où l’accord peut avoir un impact est celui des cleantech et des énergies renouvelables. Le gouvernement kosovar a des objectifs ambitieux en la matière (par exemple augmenter la part du solaire et de l’éolien). Il promeut les investissements verts et a déjà attiré des projets étrangers dans le solaire. Les entreprises suisses spécialisées dans les technologies vertes (panneaux solaires, petites centrales hydroélectriques, solutions d’efficacité énergétique, gestion de l’eau, traitement des déchets, etc.) y voient un marché naissant. L’ALE facilite l’exportation de ces équipements en levant les barrières douanières et en offrant une meilleure sécurité aux investisseurs. Des acteurs suisses se positionnent déjà. Par exemple, le groupe Orllati s’est engagé dans un grand projet solaire au Kosovo. D’autres PME suisses actives dans les énergies renouvelables ou l’ingénierie environnementale pourraient profiter de la dynamique : l’accord assure que leurs produits (p.ex. panneaux solaires, pompes, filtres) entrent sans tarification excessive, et que les appels d’offres dans ce secteur pourront les considérer sur un pied d’égalité. En résumé, le secteur des technologies vertes est promis à un bel essor au Kosovo et l’ALE abaissera le coût d’entrée pour les fournisseurs suisses.
  • Services TIC : Au-delà des secteurs manufacturiers, l’accord étant « non tarifaire » sur les services, il offre des perspectives dans le numérique et les services externalisés. Le Kosovo dispose d’une jeune génération qualifiée en informatique et en langues, avec déjà une croissance forte des exportations de services IT. De nombreuses entreprises suisses utilisent ou pourraient utiliser le Kosovo comme base de nearshoring : développement logiciel, maintenance IT, centres d’appels multilingues, services comptables, etc. L’ALE va appuyer cette tendance en garantissant un accès formel au marché des services. Pour une PME suisse sans expérience internationale, sous-traiter au Kosovo ou s’y implanter (via une filiale de services) devient plus rassurant : le cadre de l’accord protège mieux les données, la propriété intellectuelle des logiciels, etc., et prévoit la libre prestation de services dans de nombreux domaines. En pratique, cela signifie par exemple qu’une société suisse de développement logiciel peut collaborer avec un partenaire kosovar sans craindre des obstacles réglementaires imprévus, ou qu’un call-center basé à Pristina peut fournir des services aux clients suisses de manière fluide. Ce secteur est d’ailleurs déjà identifié comme un pilier de la coopération économique bilatérale et l’accord de libre-échange ne fera que le renforcer.

 

Q : Le Kosovo est-il un marché risqué ?

 

Le Kosovo est un petit marché avec un pouvoir d’achat modeste et des infrastructures encore à moderniser, mais il offre déjà des perspectives très intéressantes pour les entreprises suisses. Le cadre administratif est certes perfectible, mais le pays évolue vite, est politiquement stable, et bénéficie d’un fort soutien international. Le dynamisme de la population est, il faut le dire, impressionnant. Le risque pour les investisseurs suisses est dès lors faible, surtout si l’on travaille avec de bons partenaires locaux.

 

Q : Est-ce une opportunité uniquement pour les grandes entreprises ?

Au contraire, le Kosovo est idéal pour une première expérience à l’international. C’est un marché à taille humaine, accessible, où la diaspora kosovare en Suisse peut jouer un rôle de pont. De nombreuses PME suisses ont déjà franchi le pas, souvent dans les services ou l’immobilier. Les coûts d’entrée sont faibles, les talents sont incroyablement nombreux, et les connexions culturelles facilitent les choses. L’ALE vient sécuriser cet environnement. La Chambre de Commerce Suisse Kosovo (CCSK) basée à Genève, joue un rôle de catalyseur très efficace pour se lancer.

 

Q : Que recommandez-vous à une entreprise suisse qui s’y intéresse ?

S’informer, prendre contact avec la CCIG et la Chambre de commerce Suisse-Kosovo. Réaliser une première étude de marché ciblée et trouver des partenaires potentiels. Et surtout : ne pas attendre. L’accord crée une fenêtre d’opportunité, notamment pour prendre position tôt dans des secteurs encore peu saturés.

 

Q : Un mot de conclusion ?

Le Kosovo d’aujourd’hui combine les atouts d’un petit pays agile : une population jeune et entreprenante, des besoins dans de nombreux secteurs encore peu saturés, et désormais un cadre commercial privilégié avec la Suisse. Pour une PME suisse même sans expérience internationale, c’est une occasion d’apprendre à exporter sur un marché relativement simple (taille réduite, langue anglaise répandue, diaspora aidante) avant de s’étendre éventuellement plus loin. Saisir les opportunités au Kosovo, c’est aussi prendre position tôt sur un marché en croissance et gagner en expérience. En somme, le Kosovo s’affirme comme une destination économique porteuse pour les entreprises suisses prêtes à innover et à s’adapter, avec un partenariat helvético-kosovar appelé à se renforcer dans les années à venir.

Les retombées de l’accord de libre-échange AELE-Kosovo ne font que commencer, et il appartient aux entrepreneurs suisses d’en être les premiers bénéficiaires.

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