Face à la pénurie de main-d’œuvre, la Suisse doit rester ouverte
Comme ailleurs en Europe, la Suisse est confrontée au vieillissement de la population, ce qui entraînera une forte baisse du nombre d’actifs. D’ici 2035, le pays pourrait manquer de 460 000 travailleurs. Ce déficit menace le bon fonctionnement du marché de l’emploi et alimente une concurrence internationale accrue pour attirer des talents.
Actuellement, une offre d’emploi reste en moyenne 43 jours en ligne sur les plateformes Suisse, avec de fortes disparités selon les régions et les secteurs. En Suisse centrale et orientale, les postes sont pourvus plus lentement, allant jusqu’à 50 jours dans le canton de Glaris, contre 38 jours à Genève et Vaud. Les délais sont particulièrement longs dans les secteurs du bâtiment et de la restauration.
Dans ce contexte, l’initiative UDC « Pas de Suisse à 10 millions », qui sera soumise au vote en 2027, représente un réel danger pour notre place économique. En effet, elle demande la résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) avec l’Union européenne (UE), ce qui engendrerait des conséquences économiques majeures. La résiliation des accords bilatéraux frapperait durement le recrutement de personnel étranger, en particulier dans l’industrie, la santé et l’hôtellerie-restauration. Avec 29 % d’emplois occupés par des frontaliers, Genève serait le deuxième canton le plus impacté après le Tessin.
En plus de l’ALCP, c’est l’ensemble du premier paquet d’accords bilatéraux qui serait remis en cause, dont l’accord sur les obstacles techniques au commerce. Ce dernier facilite l’exportation de produits industriels vers l’UE et permet aux entreprises suisses d’économiser plusieurs centaines de millions de francs par an. La fin de cet accord nuirait gravement à des secteurs clés comme la chimie, les machines ou l’horlogerie, avec des conséquences en cascade sur l’économie nationale, notamment en Suisse romande (Neuchâtel, Jura, Genève).
Plutôt que de se replier, la Suisse doit renforcer sa collaboration avec l’UE pour garantir l’accès à une main-d’œuvre qualifiée. En parallèle, elle doit mieux exploiter son propre potentiel de travailleurs. Le Conseil fédéral agit en ce sens, en partenariat avec les milieux économiques, pour améliorer l’intégration des personnes en recherche d’emploi.
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